La microfaune en aquarium d'eau douce

Biotope, biotique, biodiversité... trois "b" pour un aquarium équilibré

Le non-vivant ( matériel, décor, alimentation, traitements ) représente environ les trois quarts du chiffre d'affaire du secteur aquariophilie d'une animalerie ; le but d'une entreprise étant de faire du chiffre il est bien évident qu'un vendeur performant dans ce domaine doit impérativement mettre l'accent sur ce secteur marketing. Vous avez peut-être remarqué comme moi que c'est généralement de devant la batterie d'exposition où sont stockés les poissons que le néophyte envisageant de posséder un aquarium interpelle un vendeur en animalerie pour lui demander conseil. Poissons d'eau douce ? Poissons d'eau de mer ? D'eau chaude ? D'eau froide ? À partir de ces critères généraux le vendeur va diriger son client vers les rayons présentant le matériel et les produits correspondant à la "gamme" de poissons désirés. Le rapport débutant ↔ conseiller se résume le plus souvent à une appréhension très grossière de l'aquariophilie. Dans le pire des cas le débutant repart tout excité du magasin avec un aquarium-tout équipé sous un bras et un sac de poissons "faciles" dans la main ! Bien entendu on peut imaginer que la désillusion va très vite succéder à l'enchantement ! Mais ce n'est pas de ce point que mon article veut traiter. Pas plus d'ailleurs de l'attitude du vendeur qui est lui-même soumis à une réalité économique peu propice au romantisme naturaliste

Si j'ai choisi d'évoquer ce genre de situation commerciale c'est parce qu'elle est symptomatique d'une aquariophilie qui se conduit à contre-sens écologique. Au-delà de la motivation économique invoquée plus haut l'orientation matérialiste du vendeur correspond à une pratique aquariophile qui place la charrue avant les bœufs. Ici la charrue c'est les facteurs abiotiques ( température, éclairage, nature du substrat, hydrodynamisme, chimie ) et les boeufs les facteurs biotiques ( interactions du vivant ). Je ne parle pas là de priorité d'acquisition ( priorité d'achat et mise en place du matériel et des matériaux ) mais de conception idéologique, autrement dit de la façon de penser l'aquarium, de construire le projet aquarium-écosystème. Au lieu de se poser en premier la question " quel biotope aquatique, quel milieu, vais-je reconstituer dans mon aquarium ? " il faut plutôt se demander prioritairement : quelle biocénoce ( l'ensemble du vivant ) mon aquarium va accueillir ?  C'est la connaissance et l'étude des besoins de toutes les espèces faunistiques et floristiques qui peupleront l'aquarium qui va permettre de déterminer le matériel et l'agencement du bac. Là aussi il faut encore dépasser l'appréhension réductrice que se fait l'aquariophilie d'un biotope.

La plupart des aquariophiles envisagent les biotopes de leurs aquariums à travers ses caractéristiques physiques, le climat, la luminosité, la turpidité, la force du courant, l'aquascape. Ensuite, à l'aide de tests, on contrôlera que les paramètres physico-chimiques de l'eau soient au plus près du biotope sauvage correspondant et on utilisera au besoin les moyens connus pour parvenir à ce résultat. En général le biotope choisi l'est en fonction des poissons que l'on souhaite héberger. Il est rare que la biodiversité du vivant soit un facteur déterminant dans le choix du futur aquarium. Or, les paramètres d'un aquarium-biotope dépendent pour une grande part des processus biologiques, en l'occurence du résultat final du travail de transformation de la matière par la macrofaune, la microfaune et les micro-organismes comme les bactéries. Des caractères physiques, du milieu de vie que l'on va artificiellement créer dans un bac, dépendra en terme de variété spécifique et en nombre d'individus la composition de cette population de détritivores qui agit sur les paramètres chimiques de l'aquarium. Le nombre et la nature des prédateurs ( les poissons et les "grands" invertébrés ) aura aussi une incidence sur cette population. 

Parmi les caractéristiques physiques d'un biotope d'eau douce ou marin est le décor ; celui-ci offre à chaque espèce des niches écologiques spécifiques. Certaines espèces de détritivores ont besoin de bois, de plantes, d'autres de sable ou de litières végétales, d'autre de roches. Sachant cela on voit mal comment un aquariophile peut se contenter de construire son biotope en ne retenant comme unique critère ou presque que l'origine de la population piscicole. Ni le vendeur-conseil en animalerie ni le client aquariophile ne peuvent juger du matériel et des matériaux utiles à un aquarium à partir d'un doigt tendu vers un type de poissons dans un bac de vente. Savoir que tel ou tel poisson vit en eau salée ou en eau douce, en milieu tropical ou tempéré, dans telle ou telle rivière amazonienne ou asiatique, sur les crètes récifales agitées ou dans l'herbier d'un lagon, ne suffit pas, loin de là, à appréhender la complexité extrême d'un écosystème aquatique.

Conclusion :

Quels que soient les poissons que je choisi d'héberger dans mon aquarium je dois me renseigner sur leur biotope d'origine, ses caractéristiques physiques et chimiques mais aussi sur l'ensemble de la faune et de la flore qui permet que cet écosystème fonctionne. Il y aura toujours effectivement parmi elles des espèces indésirables ( prédation, parasitisme, incompatibilité, pathogénicité, etc ) que je devrai écarter de mon projet ; mais entre cette sélection raisonnée et celle qui se résume au seul choix initial d'une population de poissons exotiques il y a un monde... que l'on pourrait nommer "conscience aquariophile écologique" !

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