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Les champignons dans l'écosystème d'un aquarium marin ou d'eau douce

Cet article est publié sur le blog "récifal" mais son contenu vaut aussi pour l'aquariophilie d'eau douce ( blog )

J'ai longtemps hésité à rédiger et publier cet article tant les champignons aquatiques et leur rôle dans un aquarium-écosystème sont totalement inconnu en aquariophilie marine et d'eau douce. L'importance capitale de la microfaune dans l'écologie d'un aquarium est très loin d'être reconnue et acceptée dans le milieu aquariophile ( en eau de mer comme en eau douce ), un milieu très largement dominé et contrôlé ( idéologiquement et commercialement ) par les adeptes de méthodes de maintenance absolument dénaturées ; alors, parler de microfaune et à fortiori  de champignons à ce genre d'aquaristes qui gèrent un aquarium comme un bassin aseptisé pour cétacés de cirque dans un parc aquatique c'est un peu comme parler de flore bactérienne lactique à un fromager industriel. Je reconnais que l'aquariologie "scientifique" a très peu, pour ne pas dire jamais, communiquait sur ce sujet. Alors je me lance : 

Tous mes sables vivants, en eau de mer comme en eau douce, sont naturellement et logiquement colonisés par des champignons microscopiques subaquatiques. D'où proviennent-ils ? Bien entendu des sables vivants de très hautes qualités qui ont ensemencé mes tous premiers aquariums il y a plus de 35 ans ! Je l'ai évoqué par ailleurs, il était encore possible à cette époque de se procurer du véritable sable vivant, avec tout ce qu'il faut à l'intérieur pour mériter cette qualité. J'avoue être assez fière d'avoir toujours jusqu'à présent, malgré les aléas de la vie, assuré la continuité de ces souches de substrat biologiques infiniment précieuses à travers les différents constituant minéraux de mes sols d'aquariums

Est-il utile de préciser que les champignons utiles en question dans cet article n'ont rien à voir avec les champignons parasites ( mycose ou mousse ) qui infectent parfois la flore et la faune des aquariums marin ou d'eau douce. Les champignons dont il s'agit sont exclusivement benthiques, c'est-à-dire que leur niche écologique se réduit au substrat de fond. Plus généralement ils occupent les zones anoxiques ( pauvres en oxygène ) des lits de sable ou de mulm ( en eau douce ) où ils forment d'invisibles réseaux filamenteux contribuant à la porosité du substrat et à sa stabilité physique. Il arrive parfois que ces filaments ( s'apparentant au mycelium ) soient, par contraste, visibles à l'oeil nu ou à la loupe entre la vitre et les parties du substrat rendues fonçées par des algues brunes en eau de mer ou de la litière végétale en eau douce ; bien souvent les aquariophiles déplorant leur aspect inesthétique ou soupçonnant hâtivement une maladie dans leurs bacs s'empressent alors d'appliquer un traitement antifongique. Or, ces champignons ont un rôle écosystémique fondamental ! Les champignons aquatiques sont des détritivores que l'on retrouve dans tous les biotopes d'eau douce ou marins d'où sont originaires les poissons que nous hébergeons dans nos aquariums de salon

Sans toutefois bien encore en comprendre les mécanismes biologiques on sait aujourd'hui que les champignons aquatiques participent à l'aération des substrats, qu'ils décomposent la matière organique morte et en dégagent des nutriments utiles à la microfaune, qu'ils sont actifs dans le processus de minéralisation ( matières organique → matières inorganiques ) et qu'ils libèrent dans la colonne d'eau des spores ( plancton ) dont se nourissent les planctonophages micro-organiques, les coraux et autres invertébrés... et peut-être les poissons

Malgré que je ne sois pas sûr que la "communauté" aquariophile d'eau douce ou d'eau de mer dominante ( pour qui la microfaune reste encore une donnée biologique accessoire ) soit prête à recevoir une nouvelle "claque" écologique, il me semble, au regard de tout ce qui vient d'être dit, que les autres aquariophiles, disons plus "naturalistes dans l'âme", méritent cet article informatif "avant-gardiste" ( d'un point de vue écologique ). Bien que la science commence tout juste à appréhender à sa juste valeur la participation très active des champignons dans la dégradation des déchets aquacoles, j'ai toujours considéré intuitivement cette "hydro-microflore" comme utile. D'ailleurs, soit dit en passant, par principe écologique, je ne qualifie jamais un organisme inconnu d'indésirable ou nuisible avant qu'il n'ait effectivement commis un méfait dans mes bacs ! 

Je crois, du moins j'espère, qu'à l'instar de l'agronomie, l'aquariophilie entre dans une nouvelle ère pratique que la tendance low-tech a contribué à préparer philosophiquement, "politiquement". Le seul reproche que je peux faire à l'aquariophile low-tech est, à l'image des labellisations bio en agroalimentaire, de s'être focalisée sur l'économie matérielle et chimique et de n'avoir pas su apporter à ses premiers sympathisants les informations biologiques permettant d'adopter sereinement les méthodes "naturelles" de maintenance aquariophile proposées. Vouloir se passer d'artifices matériels pour gérer un aquarium est une chose, disposer des moyens biologiques pour les remplacer en est une autre ! Personnellement je préfère au terme "d'aquarium low-tech" celui "d'aquarium-écosystème" et à celui de "maintenance naturelle" celui "d'approche écosystémique". Ce sujet sera développé dans un prochain article...